Ci-dessous, nous relayons le positionnement unanime des hĂ©bergeurs du collectif CHATONS, pour demander lâannulation ou la revue complĂšte de la loi « visant Ă sortir la France du piĂšge du narcotrafic ».
Comme pour la loi « Jeux Olympique », cette nouvelle proposition de loi masque en réalité une loi de surveillance dont certains dispositifs ont déjà été proposés et rejetés plusieurs fois et vont bien au delà de la question du narcotrafic.
Nous notons Ă©galement que ces lĂ©gislations ne prennent absolument pas en compte que la pratique de lâauto-hĂ©bergement existe tant au niveau personnel, associatif ou professionnel. Il en est de mĂȘme pour les petits hĂ©bergeurs Ă taille humaine, comme ceux et celles du collectif CHATONS.
CHATONS est le Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires. Ce collectif vise à rassembler des structures proposant des services en ligne libres, éthiques et décentralisés afin de permettre aux utilisateurices de trouver rapidement des alternatives respectueuses de leurs données et de leur vie privée aux services proposés par les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft).
Nous prenons aujourdâhui la parole pour faire part de notre inquiĂ©tude concernant la pĂ©rennitĂ© du droit Ă la vie privĂ©e et Ă la confidentialitĂ© des communications. Le collectif, en accord avec le positionnement de la Quadrature du net,Âč exprime son opposition aux mesures de la proposition de loi « narcotrafic » Ă©largissant les pouvoirs de surveillance. Nous alertons en particulier sur lâĂ©largissement de lâusage de « boites noires », analysant en direct tous les Ă©changes sur Internet. Nous appelons Ă la vigilance concernant lâobligation pour les fournisseurs de services de messagerie dâaffaiblir les protocoles de chiffrement, via lâintroduction dâune porte dĂ©robĂ©e (backdoor) ou dâun destinataire fantĂŽme.ÂČ Nous espĂ©rons que cette derniĂšre mesure, votĂ©e par le SĂ©nat puis rejetĂ©e par lâAssemblĂ©e nationale, ne sera pas rĂ©introduite.
Sous le prĂ©texte lĂ©gitime de lutter contre le narcotrafic, ces mesures sapent le secret des correspondances pour tout le monde, droit pourtant garant de nos libertĂ©s individuelles et collectives. Il y a presque 10 ans, lâAgence nationale de la sĂ©curitĂ© des systĂšmes dâinformation (ANSSI) dĂ©fendait dĂ©jĂ lâidĂ©e que crĂ©er des backdoors pour lutter contre le terrorisme Ă©tait dangereux pour la sĂ©curitĂ©.Âł
Il est impossible de garantir que ces capacitĂ©s ne soient pas abusĂ©es par des personnes oĂč des entitĂ©s malveillantes. Par exemple, fin 2024 aux Ătats-Unis, le piratage de systĂšme dâĂ©coutes lĂ©gales chez de grands opĂ©rateurs a permis Ă une puissance Ă©trangĂšre dâavoir accĂšs Ă des communications sensibles, poussant des officiels du FBI et CISA Ă recommander lâutilisation de messageries chiffrĂ©es.âŽ
Ces derniĂšres annĂ©es, de nombreuses entitĂ©s publiques et privĂ©es dâenvergure ont Ă©tĂ© dans lâincapacitĂ© dâempĂȘcher des fuites de donnĂ©es massives, quand ces derniĂšres nâont pas tout simplement vendu ou transmis ces donnĂ©es volontairement. Celles-ci se retrouvent dĂšs lors sur le marchĂ© noir et alimentent les rĂ©seaux criminels, les gĂ©ants du numĂ©rique et les Ătats tiers.
Ainsi, la balance bĂ©nĂ©fice-risque de la collecte de donnĂ©es, et qui plus est dâun silo de donnĂ©es, ne doit pas seulement ĂȘtre Ă©valuĂ©e au prĂ©sent, mais en considĂ©rant aussi les abus futurs, et le contexte gĂ©opolitique.
Nous comprenons fort bien que lâĂtat souhaite renforcer ses moyens pour lutter contre le narcotrafic, mais nous pensons que la solution envisagĂ©e est susceptible de dĂ©truire plus de vies quâelle nâen sauvera.
Si cette loi est adoptée, elle va intensifier la surveillance au détriment du droit au secret de la correspondance.
En consĂ©quence, nous demandons Ă nos Ă©luâ es de ne pas voter la proposition de loi telle quâelle a Ă©tĂ© validĂ©e par le SĂ©nat et de refuser la mise en place de ces dispositifs.
Le collectif CHATONS (https://chatons.org).